05.11.2005

Camille

Les perles ne font pas le collier: c’est le fil.
«Le Fil», précisément, c’est le titre du deuxième album de Camille, 26 ans, chanteuse de variétés françaises mutantes. Le fil du «Fil», c’est quoi? C’est la note si. Elle traverse les 15 chansons du disque, comme si elle voulait n’en faire plus qu’une. 
Camille Le fil
Sur la couverture de ce disque charmeur et funambulesque, le fil traverse horizontalement le visage de l’artiste, juste au-dessous des yeux. Il est des femmes voilées. Camille est une femme filée. 
A la fin de l’ultime morceau, la voix se tait et les instruments – mais le voyage au bout du si se prolonge: la note continue de vibrer dans le vide pendant 39 minutes et 12 secondes, comme un mantra tour à tour obstiné, douloureux, espiègle.

Loin des hommages consciencieux à Brassens et à Barbara (Carla Bruni), loin des héritières de Françoise Hardy (Keren Ann), loin des pleureuses atrabilaires à fossettes (Dominique A., etc.), l’univers poétique non identifié de Camille, titulaire du permis B, est la très bonne nouvelle de l’hiver. D’abord, elle n’a même pas une tête de chanteuse.
Disons qu’elle évoquerait une (Brigitte) Fontaine cousue de Björk. Mais, bon, pourquoi tu m’appelles Björk, alors que j’m’appelle Camille? Et puis Fontaine appartient à cette génération du rhizome et de la table rase, celle qui voulait rompre le fil, là où Camille s’emploie à le renouer.

Dans «(Je veux prendre) Ta Douleur», gospel cubiste d’une France Gall dézonée, elle joue les chorales sud-africaines à elle seule, fait la boîte à rythme humaine en roulant dans sa bouche des borborygmes, des crissements de freins et des sonnettes de serpent.
Camille
Dans «Assise» («De mon lit à ma table y’a pas de bus / Dire que je vais rester / Toute la journée assise»), elle annexe pénardement les polyphonies pygmées à son petit folklore d’Occidentale, sans faire songer jamais aux vilains mots de fusion ou de world music.

Dans «Senza», elle vocalise avec une grâce de bulle de savon des effets de décalage rythmique directement inspirés de «Music for Mallet Instruments, Voices and Organ» de Steve Reich.
Parfois, on a l’illusion d’entendre des sons électroniques. Ce n’est que la voix humaine d’une Parisienne de 26 ans, à nez rouge et au cœur brisé («Pour que l’amour me quitte»). Mais, comme on sait, seul un cœur brisé est entier.

Sciences-Po aura la charitable sagacité de lui compter l’enregistrement de son premier album, «le Sac des filles», comme un stage en entreprise. Lorsqu’on se hasarde à esquisser un parallèle entre son «sac» et celui du chanteur Benabar («Sac à main»), Camille vous arrête sur le ton poliment dédaigneux dont Henri-IV parle de Sciences-Po: «Il m’a copié! Non, je plaisante. Mais, moi, dans les paroles, je ne dis pas ce qu’il y a dans le sac. C’est ça, toute la différence!»
Moi, en ce qui me concerne j'adore, alors n'hésitez pas et entrez dans son univers en écoutant ses albums. Et avant tout achat, allez déjà vous imprégner sur son site: Camille

Commentaires

Camille, camillle, camille, je ne sais pas ! Vraiment. Tout le monde en parle et m'en dis du bien mais je n'arrive pas à accrocher. Tant pis. Quelqu'un pour essayer de me convaincre ?

Ecrit par : Jack | 23.11.2005

c est cool

Ecrit par : ana | 06.05.2006

prendre ta douleur je serait priver de dessere piver de desser

Ecrit par : ana | 06.05.2006

thanks Greta.

Ecrit par : Greta | 21.05.2006

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